Enquête périnatale 2010
La consommation de tabac des femmes a clairement diminué entre les deux enquêtes. Avant la grossesse, 30,5 % des femmes ont fumé au moins une cigarette par jour, au lieu de 35,9 % en 2003 (Tableau 12). Pendant la grossesse, les pourcentages sont respectivement de 17,1 % et 21,8 %. Cette diminution avait déjà été constatée entre 1998 et 2003, particulièrement chez les femmes des groupes sociaux les plus favorisés (Lelong et al 2011). Elle se produit dans un contexte général où la consommation de tabac a tendance à augmenter, y compris chez les femmes de 20-45 ans, alors qu’il y avait eu auparavant une période assez longue de baisse (Beck et al 2011). Globalement la consommation de tabac avant la grossesse était très voisine de celle de l’ensemble des femmes de 20-45 ans, puisqu’en 2010, 36 % des femmes dans ce groupe déclaraient fumer quotidiennement, selon le Baromètre Santé 2010 (Beck et al 2011), alors que, dans notre échantillon, on peut estimer qu’environ 33 % des femmes fumaient avant la grossesse, si on inclut les femmes qui ont arrêté en prévision de la grossesse.L’arrêt de la consommation de tabac survient parfois en prévision de la grossesse : 5,9 % des femmes qui ne fumaient pas avant la grossesse avaient arrêté pour ce motif, mais la plupart des arrêts se produisent au premier trimestre de la grossesse.
Le cannabis représente la principale drogue illicite consommée en France (Beck et al 2007) ; dans notre enquête, un pour cent des femmes déclarent avoir consommé du cannabis pendant la grossesse et la consommation était inférieure à une fois par mois pour la moitié d’entre elles (Tableau 13). A titre de comparaison, en 2005 en France, 9 % des femmes de 25-29 ans et 4 % des femmes de 30-34 ans avaient déclaré avoir consommé du cannabis au moins une fois dans l’année (Beck et al 2007). Il est possible que la consommation de cannabis ait été plus souvent sous-déclarée dans l’enquête nationale périnatale que dans l’enquête du Baromètre Santé, dans la mesure où la consommation de drogue est fortement déconseillée pendant la grossesse et notre enquête avait lieu en milieu médical.
La consommation d’alcool au moins une fois pendant la grossesse a été déclarée par 22,8 % des femmes et ce pourcentage est de 19,7 % si on exclut les femmes qui ont bu de l’alcool seulement avant de se savoir enceintes. Il est fort probable que la consommation a été sous-déclarée pour les motifs évoqués ci-dessus ; toutefois on peut signaler à titre de comparaison, qu’en 2005 en France, 83 % des femmes de 26-34 ans déclaraient avoir consommé des boissons alcoolisées au cours des douze derniers mois, de manière occasionnelle ou régulière (Beck et al 2007). Pour préciser l’intensité de la consommation, deux questions ont été posées, l’une sur les quantités régulières et l’autre sur les consommations exceptionnelles, afin de suivre les questions usuellement utilisées sur ce sujet dans la population générale. A l’occasion d’une consommation ordinaire, près des trois-quarts des femmes disent avoir bu moins d’un verre. Par ailleurs 3,7 % des femmes déclarent avoir consommé plus de trois verres de boisson alcoolisée en une même occasion pendant la grossesse. En 1998, dernière année antérieure pour laquelle nous avons des données sur l’alcool pendant la grossesse, 23 % des femmes avaient déclaré avoir consommé au moins un verre de boisson alcoolisée par semaine au cours du troisième trimestre de la grossesse (Blondel et al 1999). Ces résultats suggèrent une baisse de la consommation au cours des dix dernières années et/ou une augmentation des sous-déclarations.

