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Pour les professionnels
L'ensemble des troubles causés par l'alcoolisation foetale (ETCAF)
Clinique, physiopathologie, historique, dépistage des situations à risque...

Le syndrome d'alcoolisation fœtal : une tragédie évitable

Par le Dr Philippe DEHAENE, pédiatre, médecin honoraire du Centre Hospitalier de Roubaix (1996)


Alors que certaines pathologies de l'enfant sont largement médiatisées (Téléthon...), les effets de l'alcool sur le foetus, avec leurs séquelles neuro-comportementales à vie, laissent indifférent ou sceptique. Dans le cadre des affections lésant le système nerveux : trisomie 21, syndrome de fragilité du chromosome X, phénylcétonurie, hypothyroïdie congénitale ou séquelles de très grande prématurité, l'intoxication par l'alcool du foetus arrive pourtant en tête du peloton ! À Roubaix, dans une maternité où accouchent des femmes de classes moyennes ou défavorisées, un nouveau-né sur 200 avait en 1990 des signes évidents d'une alcoolisation prénatale. Les foyers le plus à risque sont les familles à problèmes multiples, de bas niveau socio-économique. Elles sont faciles à repérer et méritent donc toute notre attention. 

Nombreuses expressions cliniques

lire l'article du docteur Denis LAMBLIN (2009)

L'ETCAF désigne l'ensemble des répercussions (physiques, cognitives et comportementales...) qui peuvent survenir chez un individu dont la mère consommait de l'alcool au cours de sa grossesse.

Il regroupe un ensemble d'affections telles que le syndrome d'alcoolisation foetale (SAF), le SAF partiel, les troubles neurologiques du développement liés à l'alcool et les malformations congénitales liées à l'alcool.

Exposition prénatale à l'alcool : quelles conséquences à l'âge adulte ?

par Thierry Danel, à lire sur SWAPS n°37 (2005)

 

Si les conséquences du syndrome d'alcoolisation foetale ont été principalement observées chez les bébés, plusieurs études ont évalué son impact chez les jeunes adultes. Troubles mentaux, abus de substances psychoactives… Le Dr Thierry Danel, du service d'addictologie du centre hospitalier de Lille, détaille le devenir de ces personnes exposées à l'alcool in utero.

 

Que deviennent les bébés qui ont été exposés in utero à l’alcool ? Plusieurs études ont souligné les effets délétères sur les fonctions cognitives.

 

Troubles mentaux et prise de substances psychoactives
Le devenir des personnes ayant subi une exposition prénatale à l’alcool (EPA) est d’abord marqué par l’apparition de troubles mentaux dont la prévalence augmente avec l’âge. Ainsi, un diagnostic codifié dans le DSM est présent chez 60% à 90% des personnes ayant eu une EPA.
Parmi ces troubles mentaux, l’existence de problèmes liés à l’utilisation de substances psychoactives et en particulier la consommation d’alcool est pressentie. En effet, l’EPA a été associée à des comportements impulsifs et des déficits des fonctions exécutives, et ces troubles sont connus comme étant un facteur de risque pour le développement de problèmes liés à l’alcool. D’autre part, l’EPA pourrait conduire à une sensibilisation aux drogues tels que le suggèrent les modèles animaux. Un lien entre EPA et utilisation de substances psychoactives chez l’adolescent et l’adulte est ainsi fortement suspecté et les suivis de cohortes sont particulièrement précieux pour apprécier au mieux ce lien.

 

Exposition prénatale ou mauvaises conditions éducatives ?
Être né et avoir été élevé dans une famille présentant des problèmes d’alcool expose à de hauts risques de développer des troubles psychopathologiques, neuropsychologiques et aux abus de substances. La discussion quant à l’origine de cette vulnérabilité s’est longuement située entre les facteurs psychoaffectifs et éducatifs ayant présidé au développement d’une part et les facteurs génétiquement transmissibles d’autre part. Dans la première hypothèse, les troubles de la personnalité chez les parents et/ou les modifications psychocomportementales induites par l’effet psychotrope de l’alcool viennent perturber la relation parent-enfant et induire des troubles chez ce dernier. Dans la seconde hypothèse, on avance que la propension à l’abus de substances est en partie transmise par le génome. Ce qui est hérité pourrait être une vulnérabilité aux potentialités addictives des produits conduisant à la consommation de substances psychotropes et à l’addiction. La découverte relativement récente des effets de l’alcool sur le développement du système nerveux central introduit une notion nouvelle qu’est la tératogenèse comportementale et apporte une complexification supplémentaire. En effet, l’exposition in utero à l’alcool provoque des troubles neuropsychologiques dont ceux des fonctions exécutives qui vont hypothéquer gravement le devenir des personnes leur vie durant. À l’âge adulte, des tableaux cliniques déroutants conduisent bien souvent à des diagnostics hasardeux car les troubles lésionnels du cerveau sont à expression essentiellement sociale : difficultés à se conformer aux règles, comportement considéré comme antisocial, propension à l’utilisation dommageable de substances psychoactives. Faire la part de ce qui relève des conditions psychoaffectives et éducatives ayant présidé au développement et de ce qui relève des séquelles neuropsychologiques liées à l’action tératogène de l’alcool est souvent délicat.

 

L’éclairage des études prospectives
La cohorte d’Ann Streissguth de Seattle apporte depuis sa constitution en 1972 un éclairage prospectif sur le devenir des personnes ayant été exposées à l’alcool in utero. L’expertise collective Inserm détaille que "cette étude (Seattle pregnancy and health study) a suivi une cohorte de 500 enfants de femmes blanches, de milieu plutôt favorisé, mariées, sélectionnées parmi 1529 femmes recrutées en consultation prénatale à Seattle en 1974-1975 et interrogées au 5e mois de grossesse. La consommation d’alcool était mesurée par interrogatoire avant et pendant la grossesse. La cohorte a inclus toutes les femmes grandes consommatrices d’alcool ou fumeuses, ainsi qu’un sous-échantillon de femmes non fumeuses, et non ou peu consommatrices d’alcool. Les enfants ont été examinés à différents âges"...

 

Physiopathologie

Alcool pendant la grossesse : tératogène et neuro-toxique

            • Lire l'article du Pr Damien SUBTIL et coll. (2004)

Les conséquences de l’alcoolisation maternelle sont cliniquement repérables à partir de la consommation quotidienne de trois verres de boisson alcoolisée. Ces conséquences sont souvent méconnues, d’une part par le fait que le diagnostic clinique du syndrome d’alccolisation foetal n’est pas toujours posé, d’autre part parce que ses conséquences neurologiques n’apparaissent que tardivement (déficit cognitif, troubles de l’attention, instabilité). En dessous de ce seuil de trois verres par jour, il n’est pas possible de conclure à l’innocuité de l’alcool, dont la toxicité neurologique est par ailleurs certaine à doses élevées.

Comme dans d’autres pays, l’information de toutes les filles et de toutes les femmes devrait passer par un étiquetage des bouteilles contenant de l’alcool, bien en amont de la grossesse. Compte tenu de la toxicité de l’alcool, seule l’option « rzéro alcool » pendant la grossesse est raisonnable. Un interrogatoire et une information systématiques en début de grossesse sont nécessaires. 

La prise en charge des femmes enceintes qui s’alcoolisent de manière excessive est difficile et nécessite un travail en réseau où l’obstétricien devrait avoir une part importante. Celui-ci tentera de convaincre la mère de l’intérêt qu’il y aurait pour elle et pour son enfant à cesser de boire et devra laisser progressivement place à une attitude - volontairement positive - de soutien à une femme et un enfant en réelles difficultés. Des succès peuvent être escomptés pour ces familles en grande difficulté. 

 

Parler Alcool

Alcool pendant la grossesse : parlons-en !

            •  Lire le guide à l'usage des professionnels, écrit par le collectif de SAF France (2007)

Tous les professionnels de santé au contact des femmes doivent être sensibilisés à la question et se l’approprier afin de pouvoir prévenir l'exposition prénatale à l'alcool et, si la future mère continue de consommer, en réduire les effets, permettre une prise en charge précoce du bébé et éviter la récidive lors de grossesses ultérieures. 

Historique

Histoire des embryo-foetopathies alcooliques

            • Lire l'interview de Monsieur le Dr Paul LEMOINE avec les journalistes de mortherisk (1997)

...J’étais le médecin de la Pouponnière de la Civelière, qui hébergeait une quarantaine de nourrissons et de jeunes enfants très hypotrophiques, venant de la région et de nombreux autres départements. Je voyais donc chaque jour un nombre important de nourrissons présentant des anomalies sérieuses!

Vers 1960, parmi ces enfants, j’ai été frappé par l’existence d’un syndrome, que je ne connaissais pas et qui comportait: un retard de croissance intra uterine sévère, laissant une hypotrophie importante et rebelle, une microcépahlie, un retard psychomoteur avec des troubles de comportement, en particulier grande instabilité, et une dystrophie faciale très particulière, où prédomine l’ensellure nasale, des malformations fréquentes, surtout cardiaques et osseuses. Ces enfants se ressemblaient comme des frères! Il y avait forcément un syndrome précis, dont j’ignorais la nature...

Le Syndrome d'Alcoolisme du Foetus

            •  Lire l'article de Monsieur le Dr Philippe DEHAENE

"En France, boire est un passe-temps national" (réflexion récente d'un journaliste scientifique américain). "En France, l'alcoolisme n'intéresse personne" (réflexion ancienne du Pr FONTAN, de son vivant Président du Haut Comité d'Etude et d'Information sur l'Alcoolisme...)

N'est-il pas temps de prendre conscience de nos réactions négatives, de nos préjugés ou difficultés vis à-vis de la femme malade alcoolique ? Les groupes "Alcool et Grossesse" qui se créent un peu partout apportent des réponses aux incertitudes angoissées des futures mères et de leurs soignants.

Devenir tous des "alcoologues" est-il du domaine de l'utopie ?

L'alcoolisme foetal cessera t-il d'être une affection ignorée, honteuse, niée, non prévenue, en somme une maladie "orpheline" ?